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Comment la robotique révolutionne les services financiers

Rendez-vous mondial de l’innovation pour start-up et leaders, VivaTech met à l’honneur la robotique au cœur de la technologie de demain du 16 au 18 mai 2019. À cette occasion, Thomas Picamoles, expert IA dans les services financiers du pool de consultants One Man Support (leader français du conseil indépendant de haut niveau) nous parle de l’impact de la robotique sur les services financiers.

L’intelligence artificielle, et en particulier la robotique, en sont encore à leurs balbutiements. Leurs premières applications, accompagnées par les technologies d’automatisation, ont pourtant déjà commencé à transformer les services financiers. La robotisation redessine la structure opérationnelle des institutions financières, redéfinit les rôles de leurs employés et redistribue les cartes entre les différents acteurs du système financier.

La robotique est arrivée dans les services financiers avec une première vague de solutions que l’on a regroupées sous le sigle RPA, pour Robotic Process Automation. Ces solutions permettent de soulager les employés de tâches répétitives et à faible valeur ajoutée. Les applications sont multiples : reconnaissance et traitement de documents, réponses automatiques dans la correspondance avec les clients, déclarations de sinistres pour les produits assurantiels…

Cette première vague a principalement impacté le back office des grandes banques. Mais une deuxième vague de solutions, plus complexes et puissantes, commence à se déployer et transformer en profondeur de nombreux métiers de la banque.

L’analyse crédit

Par rapport à l’analyse crédit traditionnelle, la robotique permet de plus rapidement évaluer un emprunteur potentiel, à moindre coût, et en prenant en compte un plus grand nombre de facteurs. Cela revient à prendre une décision de manière bien mieux informée, en se fondant sur la donnée. ZestFinance propose ainsi sa plateforme Zest Automated Machine Learning (ZAML), une solution de souscription robotisée qui aide les entreprises à évaluer les emprunteurs ayant peu ou pas d’informations de crédit ou d’historique. La plateforme utilise des milliers de données et offre une transparence que les autres systèmes de souscription ne peuvent offrir, ce qui aide les prêteurs à mieux évaluer les populations traditionnellement considérées « à risque ».

La lutte contre la fraude et le KYC

L’IA et la robotique sont aussi d’un grand secours dans la lutte contre la fraude et le KYC (Know Your Customer). Le machine learning, autre branche de l’IA, est très utile dans ce domaine, permettant aux solutions de devenir de plus en plus efficaces. Les montages financiers suspects sont ainsi plus facilement identifiés, et l’identité des clients plus précisément contrôlée. Ainsi, grâce à la technologie d’apprentissage automatique, la startup britannique Onfido valide pour le compte des Banques les documents d’identité des clients et les comparent à leurs données biométriques à l’aide d’un outil de reconnaissance faciale. Le document d’identité peut ensuite être croisé avec les bases de données internationales anti-fraude et les listes de surveillance.

La gestion de portefeuille

La gestion de portefeuille évolue aussi grâce à la robotique. Une gigantesque puissance de processeur permet de traiter de très grandes quantités de données dans un temps très court. Le recours à des algorithmes génétiques permet d’utiliser de la donnée, qu’elle soit structurée ou non, ce qui prendrait trop de temps à un être humain. La start-up Amplify, que j’ai co-fondée avec Charles Nurdin, propose ainsi aux banques, compagnies d’assurance et gestionnaires de fortune un outil de gestion du patrimoine intelligent qui recourt à ce type d’algorithmes. L’outil d’Amplify permet aussi de procéder à du profiling cognitif, c’est-à-dire la détermination du véritable profil de risque de l’investisseur, établi en fonction de son historique de transactions et plus seulement sur du déclaratif.

Le Trading

La robotique devient si indispensable qu’elle s’invite même depuis quelques années dans le trading, fonction si critique pour les banques d’investissement. Dans le trading haute fréquence, les transactions financières sont exécutées de plus en plus vite grâce au recours à des algorithmes informatiques. Les ordinateurs exécutent des stratégies de trading propriétaires pour entrer et sortir des positions en quelques secondes ou fractions de seconde. Virtu Financial, fondée en 2008 par Vincent Viola et Doug Cifu, est ainsi l’une des plus grandes firmes de HFT, avec une présence particulièrement importante sur le marché américain et une IPO réalisée en 2015. La start-up Kavout utilise quant à elle le machine learning et l’analyse quantitative pour traiter d’énormes ensembles de données non structurées et identifier des modèles en temps réel sur les marchés financiers.

La personnalisation des services

Enfin, le client des services financiers n’est pas en reste, puisque la robotique lui permet d’avoir accès à des services de plus en plus personnalisés. Elle offre aux clients des services de conseil financier qui leur permettent automatiquement de choisir une stratégie appropriée de dépense, d’épargne et d’investissement en fonction de leurs habitudes et objectifs personnels. Avec la robotique, il est possible de créer des produits intelligents qui peuvent tenir compte de l’historique de données financières du client, s’ajuster à ses besoins, et l’aider à mieux suivre ses activités financières. L’entreprise Kasisto a ainsi créé KAI, une plateforme de robotique conversationnelle utilisée pour améliorer l’expérience client dans les services financiers. KAI aide les banques à désengorger leurs centres d’appels en offrant aux clients des options et des solutions en libre-service. Grâce à KAI, des chatbots intelligents peuvent aussi recommander automatiquement aux clients des solutions personnalisées et les orienter dans leurs prises de décisions financières quotidiennes.

Et à l’avenir ?

La blockchain, technologie sur laquelle se fonde les crypto-monnaies, constitue la grande révolution à venir pour les services financiers. Elle va cependant devoir gagner en maturité avant de trouver des applications business, les experts ne prévoyant sa généralisation que d’ici une dizaine d’années.

 

Conclusion

Une récente étude d’EY[1], a révélé que la majorité (60 %) des dirigeants du secteur financier estiment que la RPA constitue une priorité d’investissement. Les robots vont donc poursuivre leur conquête des services financiers et s’inviter dans tous leurs métiers. Le défi pour les gestionnaires sera de comprendre comment l’automatisation peut transformer leur organisation, puis de déterminer où libérer de la valeur, en tenant compte du coût de remplacement de la main-d’œuvre humaine par des machines, mais aussi de la complexité d’adapter les processus opérationnels des entreprises à ces nouveaux outils.

 

A Propos de l’auteur

Diplômé de l’ESSEC, Thomas Picamoles a été consultant en stratégie avant d’occuper des postes de direction dans des incubateurs et accélérateurs de start-ups.

Après un parcours international (New York, Mexico City, Berlin), il co-fonde Amplify, start-up développant une solution de profiling cognitif à destination des services financiers.

Entrepreneurs avertis, Thomas Picamoles et Charles Nurdin ont décrypté les succès et les échecs de la French Tech dans leur ouvrage Stratégie Start-up, Du mythe américain au succès français, paru le 17 avril aux éditions Dunod, grâce à une enquête rigoureuse menée auprès de nombreuses start-ups mais aussi d’investisseurs, de chercheurs et d’institutions publiques. Prenant le contre-pied du mythe de la Sillicon Valley, ce livre de stratégie s’attaque à la réalité différente de l’écosystème français en abordant aussi bien le bootstrapping que les mythes sur le financement, les bonnes pratiques dans la course à la scalabilité, l’importance de la culture ou encore la bonne manière de valoriser son entreprise, pour donner aux start-ups françaises les moyens de tracer leur propre voie.

[1] https://www.ey.com/be/en/newsroom/pr-activities/ey-impulse-fr-jan-2018-les-robots-peuvent-ils-donner-un-visage-plus-humain-a-la-finance

Source: https://medium.com/@blanche.ferte/comment-la-robotique-r%C3%A9volutionne-les-services-financiers-39d411bb2b5c